Des engagements concrets et durables
Découvrez comment les tanneurs mégissiers français agissent au quotidien pour réduire l’empreinte écologique et fabriquer un cuir de qualité durable et respectueux des consommateurs.
Comment démêler le vrai du faux sur l’impact environnemental du cuir ?
Pourquoi son empreinte carbone paraît-elle élevée ? Quelle est la part de l’élevage dans cet équilibre ? Voici Les clés pour mieux comprendre où se situe vraiment le cuir dans la course à l’écoconception.
Le calcul de l’empreinte environnementale des biens de consommation est un exercice devenu incontournable pour rendre compte de l’impact de la fabrication et de l’utilisation d’un produit fini sur l’environnement, notamment sur le réchauffement climatique (exprimé au travers de l’empreinte carbone), mais également pour se préparer à de futures obligations règlementaires en Europe qui poussent à la décarbonation des chaînes de valeurs et vers l’affichage des impacts des produits pour les consommateurs. La tendance est de comparer des produits finis entre eux. Le cuir, en dépit de ses qualités indéniables de résistance mécanique et de processabilité, est parfois décrié du fait d’une empreinte carbone supérieure à celle d’autres matériaux souples qui se veulent être concurrents (lorsque celles-ci sont ramenées à surface équivalente). L’élevage d’animaux ruminants étant une activité fortement génératrice de gaz à effet de serre, le cuir est pénalisé par l’impact de l’agriculture. Les règles actuelles d’allocation de l’empreinte carbone font que la peau et donc le cuir récupère en fin de compte une part de ces émissions à hauteur de 3,5% pour les espèces bovines, 1,6% pour les espèces ovines et caprines ; par conséquent l’impact de l’élevage représente entre 70 et 80% de l’impact carbone d’un mètre carré de cuir selon cette convention officielle.
Cependant, les animaux d’élevage ne sont pas élevés pour leur peau, ils le sont en premier lieu pour l’industrie agroalimentaire (production de viande et de lait), la peau étant un sous-produit de cette activité dont une infime quantité sera valorisée par le tanneur mégissier en un matériau apte pour la confection de nombreux articles, ce dont les modèles actuels de calcul d’impact ne prennent pas en compte. Le statut de la peau animale dans ce processus fait également débat : doit-elle être considérée comme un coproduit avec une allocation carbone ou un déchet valorisable de l’industrie agroalimentaire qui ne devrait supporter aucun impact environnemental lié à l’élevage ? Cette dernière option étant la position défendue par les associations professionnelles du cuir actuellement notamment la confédération européenne des tanneurs mégissiers (COTANCE). Enfin les caractères renouvelables (capacité à se régénérer sur une échelle de temps courte) et biosourcé (issu de la biomasse) sont d’autres qualités intrinsèques du cuir non intégrées dans les modèles actuels et qui par conséquent ne se reflètent pas dans les résultats de calculs d’empreinte écologique.
Dans cette course effrénée à la comparaison des produits, la prise en compte de l’unité fonctionnelle c’est à dire la mesure de la fonction rendue (durée d’utilisation) qui doit servir de base de comparaison entre les produits pour juger correctement de leurs impacts respectifs, est aussi souvent négligée. Il est donc important d’avoir une approche croisée entre l’usage du produit et son unité fonctionnelle pour pouvoir les comparer correctement. A titre d’exemple, il faut considérer qu’une paire de chaussure utilisée pendant 2 ans a un impact environnemental deux fois moindre qu’une paire de chaussure utilisée pendant 1 an. Ainsi, l’impact environnemental d’1 m2 de matière cuir n’a aucun sens s’il n’est pas précisé ce qui va être fait du matériau. A condition que le produit lui-même soit de conception solide et résistante pour l’usage qui en sera fait, la durabilité physique d’un article en cuir peut se voir comme un atout de poids pour réduire l’impact carbone d’un article. La Fédération Française de la Tannerie Mégisserie travaille conjointement avec le CTC pour déterminer des méthodes d’essais permettant de quantifier cette durabilité physique de manière objective et corrélée le plus possible avec l’usage. La durabilité émotionnelle est un autre facteur affectant la durée de vie des produits puisque l’attachement affectif d’un utilisateur à un produit peut retarder significativement son remplacement et donc son élimination. Des travaux dans ce sens sont également en cours pour tenter d’objectiver cette durabilité.
La qualité de fabrication au service de la protection et de la sécurité du consommateur.
Tannage, colorants, normes européennes… Les tanneries mégisseries françaises innovent et se conforment aux réglementations les plus exigeantes pour garantir des articles à la fois sûrs, durables et responsables.
Le cuir est un matériau pouvant entrer dans la composition de nombreux produits de grande consommation dont la maroquinerie, les chaussures, l’habillement et l’ameublement. Pour lui conférer ces propriétés uniques de durabilité, d’aspect, de toucher, la fabrication de cuir repose sur des procédés chimiques faisant appel à des agents de tannage, de nourriture et des colorants. Afin de garantir son innocuité (sécurité chimique) pour le consommateur et l’environnement, les tanneurs mégissiers français se conforment aux réglementations européennes et internationales les plus strictes en matière de sécurité chimique des biens de consommation.
Conformité aux exigences règlementaires européenne et internationales.
REACh est un règlement de l’Union Européenne adopté fin 2006 qui encadre l’utilisation des substances chimiques pour protéger la santé humaine et l’environnement et auquel tous les tanneurs mégissiers sont assujettis. En effet, le règlement impose des contraintes aux fabricants de matières premières et d’articles de grande consommation, il définit pour cela des listes de substances qui ne doivent pas se retrouver dans les articles ou qui sont interdites d’utilisation dans les procédés industriels en Europe. Actuellement le règlement REACh est l’un des dispositifs règlementaires le plus complet et contraignant au monde en matière de sécurité chimique. Les tanneries mégisseries françaises appliquent rigoureusement cette règlementation en adaptant au besoin leurs procédés de fabrication et en collaborant avec les fournisseurs de produits chimiques pour n’utiliser que des formulations conformes à ce règlement. Cela passe aussi par des analyses rigoureuses du cuir dans des laboratoires agrées auxquelles les tanneries mégisseries françaises font appel pour s’assurer de la conformité de leurs cuirs.
En outre, les produits en cuir s’exportant dans le monde entier, les tanneurs mégissiers français se doivent de respecter les règlementations spécifiques de leurs marchés d’exports ou de celui de leurs clients tels que la Chine, le Japon, les Etats Unis… Les Tanneurs mégissiers français peuvent compter sur le soutien de CTC qui met à leur disposition des services d’analyses et de certifications, des informations de veille règlementaire sectorielles. De plus, à la demande de la Fédération, une base de données exhaustive (ICARE) pour le suivi des substances réglementées dans les différents pays a été créée et est mise à jour régulièrement.
L’innovation au service de la sécurité chimique des cuirs.
Face au renforcement des règlementations et à l’évolution des attentes des consommateurs pour des produits vertueux, les tanneurs mégissiers français innovent continuellement sur leurs procédés de fabrication et testent de nouvelles alternatives aux produits chimiques conventionnels notamment pour le tannage ou le retannage du cuir. Des projets menés conjointement avec CTC sont en cours et visent à mettre au point de nouveaux procédés pour remplacer certaines substances par des alternatives à la fois plus sûres et qui ne compromettent pas la performance et la qualité du cuir.
La gestion de l’eau est au cœur de la fabrication du cuir.
Des démarches volontaires aux contrôles et obligations réglementaires, les tanneries mégisseries réduisent leurs rejets et optimisent la consommation.
Les tanneries mégisseries françaises sont toutes des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et sont, à ce titre, régulièrement contrôlées par les services des préfectures dont elles dépendent. Les premières étapes de fabrication de cuir à partir de peaux brutes consistent simplement à nettoyer les peaux et à les débarrasser des matières organiques non valorisables pour le tanneur mégissier comme les poils, la laine, parfois les écailles, la graisse et les parties de chair qui n’ont pas été retirées lors de la préparation des peaux. Ces étapes de lavage de la matière génèrent des effluents aqueux chargés en matières organiques en sortie de tannerie mégisserie auxquels se rajoutent d’autres effluents aqueux chargés chimiquement et provenant des produits mis en œuvre dans le procédé de fabrication du cuir par le tanneur mégissier pour conserver, tanner, teindre et nourrir la peau.
L’ensemble de ces effluents chargés sont systématiquement traités dans des stations d’épuration propres aux tanneries mégisseries ou des stations communales moyennant une convention de raccordement avec les autorités locales. Le traitement consiste en plusieurs étapes classiques de traitement dont le dégrillage, le déshuilage, le traitement physico-chimique et biologique permettant in fine d’atteindre la qualité d’eau de rejet attendue par la règlementation des installations classées. Ainsi toute l’eau prélevée par les tanneries mégisseries est entièrement restituée au milieu naturel après traitement. Sur le sujet de l’eau, de nombreuses tanneries mégisseries françaises mettent aussi en œuvre des démarches volontaires de management environnemental guidées par des normes internationales (ISO 14001 par exemple) ou par des labels sectoriels reconnus dans la profession (standard LWG) justifiant de la bonne gestion de l’eau dans leur activité y compris son traitement en fin de process.
Confrontée aux enjeux du dérèglement climatique, les tanneries mégisseries françaises au même titre que d’autres industries utilisant de l’eau sont parfois confrontées au risque de pénurie de la ressource voir de restriction par les pouvoirs publics en cas de situation grave de sécheresse. C’est pourquoi les tanneries mégisseries françaises travaillent leur résilience dont la capacité à réduire les quantités d’eau prélevées en mettant en œuvre des démarches de sobriété dans les recettes de fabrication ou via des équipements industriels plus performants et également en recyclant en interne certains effluents après traitement pour réutiliser l’eau avant rejet dans le milieu naturel.
Prévention et contrôles pour assurer la sécurité au travail et le respect des réglementations face à l’usage d’agents chimiques.
Un cadre français et européen très stricte qui protège à la fois les équipes dans les ateliers et le consommateur.
La tannerie mégisserie est une industrie de purification et de transformation de la matière permettant de passer d’une peau au cuir. Pour cela, le tanneur mégissier à recours à des produits chimiques spécifiques pour nettoyer, dégraisser, tanner, teindre et nourrir la peau. Le choix des produits utilisés par le tanneur mégissier répond cependant à un cahier des charges strict et nécessite des mesures de prévention pour supprimer ou réduire au minimum le risque d’exposition des travailleurs à des agents chimiques conformément au code du travail français. Les tanneries mégisseries françaises respectueuses de cette règlementation disposent de plan de prévention des risques imposant des mesures de protection collectives fortes (règles de stockage et d’utilisation des produits, condition de rétention en cas de fuite, extraction d’air à la source, détecteurs de gaz, etc.) complétées par des moyens de protection individuelle des travailleurs comme le port d’équipement de protection pour un travail sécurisé dans les zones à risques.
Les règlementations Européennes qui encadrent l’utilisation de substances chimiques sur le territoire européen, notamment le Règlement CLP relatif à l’étiquetage et à la classification des produits chimiques, et le Règlement REACh interdisant l’utilisation de certaines substances dans les procédés industriels européens, offrent aux tanneurs mégissiers un cadre très clair sur les substances qu’ils peuvent utiliser, leurs propriétés et la manière de les utiliser de façon sûre permettant derrière de mettre en place les moyens de protection adéquats pour leurs salariés. La DREAL (service de la préfecture sur les Installations Classées pour la protection de l’environnement) et l’inspection du travail viennent compléter ce système.
Par ailleurs des outils libres d’accès, à la demande de la Fédération et développés par CTC, sont mis à disposition des tanneurs afin de centraliser les fiches de données de sécurité des produits chimiques et de faciliter l’évaluation et la prévention du risque chimique sur leur site respectif. Enfin, la formation continue et répétée des salariés aux bonnes pratiques et au risque chimique est un levier important de prévention des risques. La Fédération œuvre dans ce sens en insérant des modules sécurité et prévention au sein des CQP qu’elle a créés et CTC dispose de modules de formation en ligne dédiés à ce sujet.
Le cuir, un matériau renouvelable et biosourcé.
Issu d’un coproduit de l’agroalimentaire, traçable, et naturellement biosourcé, le cuir possède des qualités intrinsèques qui surpassent les matériaux émergents.
Le choix des matériaux est une étape essentielle dans la conception d’un produit, il influera à la fois sur les performances physiques de l’article final et sur la décision d’achat des consommateurs. L’apparition récente de nouveaux matériaux dits « émergents » sur le marché apporte des soi-disant alternatives souvent présentées comme plus performantes, plus durables et plus écologiques que les matériaux traditionnels comme le cuir (dont l’appellation légale est, rappelons-le, protégée en France depuis 2010 par arrêté ministériel), et dont ils disent aussi imiter les qualités telles que le confort, la durabilité, le toucher.
C’est oublier certaines qualités naturelles du cuir, qui contrairement aux matériaux issus de la chimie de synthèse dépendantes de ressources fossiles, est un matériau renouvelable et naturel issu d’une matière première, la peau, capable de se régénérer dans un délai relativement court, dans le cadre d’un cycle biologique. Contrairement aux matériaux non renouvelables, les matériaux renouvelables proviennent de ressources vivantes (végétales, animales) pouvant être reproduites ou cultivées de manière durable. De plus, la peau animale à l’origine du cuir est un co-produit de l’industrie agroalimentaire, les animaux étant principalement élevés pour la production de lait et de viande, la fabrication de cuir est donc d’abord une industrie de valorisation de co-produit par essence, et qui plus est millénaire.
Par définition, le cuir, peut aussi se vanter d’une autre qualité d’importance : il est biosourcé attestant encore une fois de son caractère renouvelable. L’analyse de la quantité de matière biosourcée dans un cuir permet de souligner de manière scientifique cette qualité : les analyses indiquent que le cuir contient entre 65 % et 100 % de carbone biosourcé, selon le procédé de fabrication.
À la demande de l’amont de la filière française du cuir (dont les tanneurs mégissiers français), il a été développé un système de traçabilité des peaux unique au monde permettant, par un marquage à cœur, de suivre l’origine des peaux de veaux depuis la naissance de l’animal jusqu’au stade de peau tanné. Outre le contrôle de l’impact environnemental de la chaîne d’approvisionnement, cette traçabilité permet l’amélioration continue de la qualité des peaux via la prise en compte du bien-être animal pour réduire tous les aléas liés à la vie de l’animal, à la dépouille et à la conservation de la peau. Cette traçabilité constitue un atout majeur pour prouver la conformité de ces cuirs à la nouvelle réglementation européenne sur la déforestation importée (UEDR : Règlement européen sur la déforestation et la dégradation des forêts).
Dans le respect de la convention de Washington, les peaux exotiques (autre spécificité française) sont également tracées depuis de nombreuses années jusqu’à la commercialisation de l’article fini. La conséquence du respect de cette convention par la filière cuir est l’augmentation de la population des espèces de crocodilien, un cercle vertueux pour la biodiversité et pour la filière cuir.
La valorisation des déchets de tannerie.
Seul le derme de la peau animal est valorisé en cuir par le tanneur. Tous les autres tissus et matières éliminés au cours du procédé constituent des sous-produits de fabrication plus ou moins valorisables, il s’agit notamment :
- Des déchets de l’atelier de rivière : des poils, de la laine, parfois des écailles, de la graisse, des parties de chair et de peau qui n’ont pas été retirées par l’abatteur et ne présentant pas de valeur intrinsèque pour le tanneur. Ce sont les déchets organiques les plus importants en volume pour une tannerie ;
- Des déchets de cuir post tannage : chutes et poussières de cuir générées à la suite des opérations de mise à l’épaisseur (refente et dérayage), d’échantillonnage et de ponçage du cuir après tannage.
- Des boues de station d’épuration : résidus consécutifs au traitement des effluents aqueux de tannerie essentiellement constitués de matière organique et minérale humides.
Certains déchets de l’atelier de rivière ont actuellement des voies de valorisation bien identifiées communes avec celles de l’industrie agro-alimentaire. Les graisses animales servent d’éléments de base de la fabrication de suifs utilisés ensuite en oléo-chimie ou pour la valorisation sous forme de biocarburants. Les déchets de peau non tannée peuvent servir de base à la fabrication de gélatine technique. La laine ou les poils sont parfois compostés pour augmenter la teneur en l’azote du compost utilisé en agriculture.
La valorisation des déchets de cuir dépend de leur mode de tannage. Les déchets de cuirs tannés à l’aide de tannins végétaux peuvent servir de base à des matériaux reconstitués comme le synderme par exemple, ils peuvent aussi entrer dans une voie de valorisation énergétique, le cuir ayant un pouvoir calorifique intéressant. Les cuirs tannés avec des agents d’origine minérale (chrome, aluminium, titane...) sont plus complexes à valoriser en raison de la présence de métaux. Il existe cependant en Europe des unités industrielles qui proposent une valorisation soit sous forme d’engrais organique soit pour la fabrication d'agents de retannage. Une part de ces déchets reste encore aujourd’hui destinée à être incinérée ou enfouie.
Selon leur composition, les boues de stations d’épuration de tannerie peuvent être envoyées en centre de compostage, en méthanisation ou directement en épandage agricole. Cet épandage doit fait l’objet d’un plan d’épandage avec contrôle strict de la composition des boues.
Par ailleurs, pour progresser sur la valorisation des déchets de cuir notamment les cuirs tannés minéral, la Fédération a demandé à CTC de travailler sur des solutions de ‘détannage’ de cuir et de séparation des protéines de l’agent tannant car elles offrent des perspectives très encourageantes.
De plus, CTC appuyé par la Fédération, travaille à l’exploration de nouveaux procédés de tannage dit « metal-free » ouvrant la voir à une valorisation plus simple des déchets de cuir. CTC, en partenariat avec l’Université de Montpellier a déposé un brevet de tannage avec un agent à base de silice et monté une chaire industrielle visant à industrialiser cette technologie.
De nombreuses autres actions sont en cours … qui vous seront listées ultérieurement.





